vendredi 22 janvier 2016

Angers

Quand on débouchait de la rue Saint Laud, juste avant la cathédrale, on tombait sur un trou. Presque littéralement. Une espèce de tumulus de briques et de fer forgé. Les Halles. Elles étaient aux trois quarts abandonnées, et servaient de refuge aux punks à chien et assimilés, aux SDF, etc. C'était moche comme endroit. Mais l'enchevêtrement, le dédale d'escaliers, d'allées tordues qui constituaient le lieu avait ce je ne sais quoi qu'on toutes les friches. Une atmosphère de fin du monde qui m'émerveillait.

Le centre commercial Fleur d'Eau. Oui, je sais, c'est nul comme nom. Et pas que. Un parallélipipède rectangle de verre et d'acier, posé là, entre la cathédrale et Saint Laud, au milieu de la vieille ville. C'est vivant, ça bouge et ça fait du chiffre. C'est en tout point bien mieux que le trou à rats morbide qui s'étendait là avant, qui n'en finissait pas d'agoniser, et qu'on appelait les Halles. Mais, pour tout vous dire, c'est chiant. Ça ne fait pas rêver – ni cauchemarder, bref ça n'évoque rien. Ça n'excite pas l'imagination. C'est juste chiant.

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C'était la frontière. D'un côté, Angers, de l'autre, Saint-Barthélemy. La rocade en était l'élément le plus marquant, bien sûr. Mais pour faire bonne mesure, il y avait là un champ, large, un peu insolite si près de la ville. Parfois il y avait des vaches dans le champ, à paître. Mais le plus souvent, c'étaient des chevaux.

Un talus de cinq mètre, et un lotissement moche. Voire même très moche. Les vaches et les chevaux ont disparu, et à la place on a des voitures qui gênent le bus, et des maisons qui font saigner l'œil tellement elles sont laides. C'est ça qu'il y a maintenant.

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Le Ralliement, c'était la place où tout le monde se retrouvait. Elle avait amplement mérité son nom, cette place. C'était le cœur de la ville, qui joignait est et ouest pour moi, nord et sud pour d'autres. C'est de là qu'on partait quand on sortait le soir, habituellement pour remonter la rue Toussaint jusqu'au Kent, mais aussi pour descendre jusqu'à Imbach, ou la rue de la Roë jusqu'à Saint Laud. C'était le point de départ et l'arrivée, et aussi le point de transit, où on passait d'un bus à l'autre.

La place du Ralliement a pris du grade. Elle est belle maintenant, elle brille de milles feux. Elle est désormais à la hauteur du Grand Théâtre qui la domine de toutes ses moulures. Un parking lui a poussé dessous, avec des voies d'accès rues Chaperonnière et Saint Maurille. Il n'y a plus que le tram, ce nouveau-venu, qui y passe dessus, et les gens sur la grande esplanade. Elle est grande, l'esplanade, et lisse. Trop grande et trop lisse, peut-être. On n'y voit plus la foule. Elle n'a plus rien à quoi s'accrocher, alors elle glisse dessus.

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Le boulevard Foch, c'était le boulevard des bars. Mais pas les nôtres. Non, c'étaient les bars des riches, des fils à papa de l'ESSCA qui pouvaient se permettre les demis à cinq euros et les cocktails à quinze. Qui appréciaient le vacarme de la musique de boîte qui passait en boucle au Matt Murphy's et les soirée salsa de la Casa de Cuba. Dont les parents allaient dîner à la Salamandre, peut-être bien. Et qui avaient fait leurs classes à Saint Martin, bien entendu. Mais je me souviens, quand même, des nuits où, entre deux et quatre heures, le boulevard dormait, et où on pouvait déambuler au milieu des voies, sous les lampadaires orange, et prendre son temps pour tanguer jusque chez soi en appréciant le silence.

À part le tram qui passe au milieu, rien n'a changé sur Foch. Les bars sont les mêmes, les gens sont les mêmes. Un bowling est venu compléter le tableau, et le vieux cinéma, que je n'ai connu que fermé, l'est toujours, et attend désespérément celui ou celle qui voudra bien faire quelque chose de lui. Si, une chose a changé. À cause des rails, on ne peut plus marcher au milieu, la nuit.

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La rue Thiers craignait. Avec Boisnet et la Parcheminerie, elle formait le clou du trio infernal. Il n'y avait rien, là, à part des immeubles tordus et des rues vides, Speed Burger, Domino's Pizza, des bars glauques et des sex shops, le tout à deux doigts de se jeter dans la Maine.

Si le tram a poli le Ralliement et laissé de marbre Foch, il en est tout autre pour Thiers. Dans son cas à elle, c'est Cendrillon qu'on a revisité. Le clochard est devenu la belle. La rue est comme neuve – correction, elle est littéralement neuve, et ça lui va bien. Boisnet et Parcheminerie font de la résistance, mais coincées qu'elles sont, avec Carnot qui est lui aussi en train de faire peau neuve, combien de temps vont-elles encore tenir ?

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