mardi 11 novembre 2014

L'homme sans tête auquel il manquait le corps

C'est arrivé progressivement. J'ai perdu mes deux pieds, d'un coup. Impossible de savoir ce que j'en avais fait. C'était gênant, vous imaginez bien, mais je m'y suis fait. Et puis ce sont mes jambes que j'ai égarées. Habitué à ne plus avoir de pieds, ça ne m'a pas trop dérangé. Oui mais voilà, ma main gauche s'est fait la malle, bientôt suivie par le bras du même côté. J'avais beau être droitier, ce n'en était pas moins très handicapant. D'autant qu'elle aussi a filé à l'anglaise, la droite, peu de temps après, bras dessus bras dessous avec son bras. Me voilà tronc ! Tronc qui, piqué au vif, entreprit de se raccourcir, inexorablement. Le bassin d'abord, et tout ce qui y attenait encore, puis, chaque jour, un organe et quelques vertèbres, réduisant à chaque fois le sac de peau qu'était mon torse. Bientôt je ne fus plus qu'une tête. Je ne suis plus qu'une tête. Je suis toujours vivant, mais j'ai peur. J'ai si peur ! Vais-je la perdre, ma tête ? L'ai-je déjà perdue ? Je ne vois plus, mes yeux se sont tirés, mes oreilles aussi. Ma langue, ma peau, tous mes sens m'ont lâchement lâché. Il ne me reste que la pensée. Je pense toujours, je pense, oui, je pense, mais pour combien de temps ? Je pense, mais… mais, suis-je encore là ?

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